Chroniques

Quand tu perds presque ta tête…

Un matin, au réveil, je reçus message d’une personne avec qui j’entretenais une correspondance via les réseaux sociaux , depuis deux mois. Elle me racontait ses déboires et moi je la consolais. Comme chez Darty, nous avions un contrat de confiance. Sur le message, il était écrit : « Salut Junes, je vais mieux, je n’ai plus besoin de t’écrire. Bonne continuation ». J’étais toute contente pour elle, même si j’avais le sentiment d’être relayée à une vulgaire standardiste de SOS amitié, qu’on balance telle une chaussette sale trop usée. Un peu triste, je commence ma journée, en me disant que tout cela ne servait à rien. Ras-le-bol. Y en a qui arrête la clope, le sucre ou les séries, moi j’arrête de donner mon adresse email. Voilà !

Je monte en voiture afin de traverser le pont de Brooklyn pour effectuer mes achats de Pourim (c’est mercredi Yeah !). Motivée comme un Koala d’Australie, cette année j’ai décidé de préparer des Mishloah Manot Home Made/faits maison. Contrairement à l’année dernière ou je les avais honteusement achetés.

Cinquante minutes plus tard chez Pomegranade devant le rayon Mishlo’ :
–Ils sont quand même vachement bien fait. Je fis un rapide calcul et entre tous les « pchouchs » à acheter pour les remplir et le temps que je vais mettre à les emballer : Allez hop ! Au diable le Home Made et vive Pomegranade. Ce n’est pas cette année que j’emporterais le grammy de la Best mom mais tant pis.

J’arrive à la caisse, paye le tout et décide de faire un crochet par le super génial magasin : Amazing saving. On y trouve des tas de fournitures à des prix imbattables. Attends, il n’y a pas de petites économies, dis celle qui vient de dépenser dans « du tout fait ». Bref.

Au moment de régler mes achats, je ne retrouve plus ma carte de crédit. Vas-y que je retourne le sac dans tous les sens, que je répands le contenu du dit sac par terre, que je cherche dans mes poches, les mains fébriles, ponctuant chaque geste par : Oh non ! Pitié faites que je ne l’ai pas perdue. Elle est où cette saloperie de carte.
Telle une grand-mère marocaine, je me mets même à invoquer Rabbi Meïr Baranes (parait-il que quand on a perdu quelque chose c’est lui qu’il faut appeler à l’aide !), en mode séance de spiritisme en plein magasin ! T’imagine si ça arrive vraiment. Tu fais la prière et le rabbin revient d’entre les morts pour dire :
–Bonjour, en quoi puis-je vous aider ? Une carte de crédit ? Bien sûr mais à quoi ça ressemble ?

J’effectue ma propre fouille corporelle, digne d’un agent de la sécurité de l’aéroport JKF. Hélas, au bout d’un moment, je me rends à l’évidence : j’ai paumé ma carte. Mazette ! Comment je vais faire ! Heureusement j’avais quelques dollars qui me permirent de régler mes achats chez Amazing saving même si ma journée ne se passe pas « amazing » ! Je décide de rebrousser chemin et de retourner chez Pomegranate. Comme Shelokom’s, je pars sur les traces de ce fichu carré en plastique qui a le pouvoir de gérer le reste de ma journée, mais Wallou. Je me suis carrément même mise à quatre pattes sous la caisse où j’étais passée pour vérifier qu’elle n’était pas tombée, et je peux vous dire que c’était loin d’être nickel. Au comble de mon bonheur, je n’avais que 10 % de batterie sur mon téléphone, et j’avais oublié mon chargeur. Je décide d’utiliser le peu de batterie qu’il me reste pour faire opposition à la carte mais, malheur à moi, je me rends compte que ce fameux numéro est inscrit au dos de la carte que je n’ai plus ! Le seul qui peut me venir en aide dans ce genre de cas c’est mon mari. J’entends la voix de Jean-Pierre Foucault résonnait dans les haut-parleurs :
–Excellent choix Madame Davis, mais vous risquez fort de passer un sale quart d’heure.
–Je le sais Jean-Pierre, je le sais.
Je tremble de ce coup de fil, non pas, que j’aie peur de lui, non, non, non je suis une femme libérée, même si des fois c’est pas si facile, mais c’est parce que j’entends d’ici son couplet : Comment ça t’a perdu ta carte ? C’est normal, t’es toujours dans la lune ! Y en a marre ! Si je n’étais pas là, que deviendraient nos enfants ? C’est grave de perdre une carte…blablabla…. Ah moi jamais cela ne m’arriverait un truc pareil etc etc…

Comme si je ne le savais pas ! Je n’ai jamais compris pourquoi certains hommes adorent jouer les professeurs, ou les papas de substitution alors qu’on est déjà au plus mal alors que l’on a juste besoin d’être réconfortée avec cette phrase si simple mais si compliquée à prononcer : Je m’occupe de tout, bab’. Dans mes rêves! La vie n’est pas un film romantique.

Je respire à fond et l’appelle.
–Allo ?
–Salut, il ne me reste que 8 % de batterie et j’ai un petit souci. Je crois que j’ai perdu ma carte.
–Cherche encore.
Et il raccroche. What ?????
C’est quoi cette histoire, je rappelle :  
–Oui ?
–Ça fait une heure que je la cherche et impossible de mettre la main dessus.
–Mais t’es où ?
– (Quel rapport ?). À Brooklyn.
–Tu fais quoi là-bas ?
–Des courses.
–T’as acheté quoi ?
–Je te dis ce soir mais là, faut faire opposition à la carte.
–Franchement Junes, y a que toi pour te mettre dans des pétrins pareils.
–T’as raison. Dans les 50 états d’Amérique, je dois être LA SEULE à avoir perdu ma carte.
–Tu es tellement tête en l’air qu’un jour tu vas l’oublier.
Je ne supporte pas cette phrase ! Mon prof d’auto-école me répétait la même. Genre, c’est pour ça que j’ai raté mon permis huit fois. Douze phrases de remontrance plus tard, (surtout mesdames, ne jamais essayer de se justifier pour la simple et bonne raison que vos con-joints ne vous écouteront pas), le roi du Maroc conclut par un « je m’en occupe » !

Je décide d’appeler un Uber pour rentrer chez moi, mais évidemment je ne peux pas, puisque ma carte vient d’être bloquée et of course et dans la foulée mon portable s’éteint. Le pompon, c’est quand je me rends compte que j’ai oublié mes sacs de chez Amazing saving. Je crois que Micka et mon prof d’auto-école avaient raison. Allez ,va récupérer les sacs ! En arrivant sur place ,la dame qui s’est occupée de moi, m’explique que, par erreur, ils ont tout remis en rayon. Je patiente et me rends compte que je ne peux pas appeler de taxi car je n’ai pas de moyen de paiement. Je pense à prendre le métro mais c’est impossible avec toutes mes courses. Alors, de manière très mature ,je m’assois sur une chaise près d’une caisse et me mets à sangloter.
Soudain, une dame d’une cinquantaine d’année vient me voir et me demande en français ce que j’ai :

-Tout à l’heure, je vous ai entendu demander un chargeur et avec votre accent j’ai tout de suite compris que vous étiez française. (Après 7 ans t’es trop contente qu’on te dise ça, surtout quand t’as fait ton zerma d’accent new yorkais). Je m’appelle Dina Maleh. Et vous ?

Je lui décline mon identité et lui explique ma situation. Là, son visage s’éclaire et me dit :
–Ça tombe bien je vais sur Manhattan. Je vous ramène ?
J’ai du mal à y croire, tant cet ange tombe du ciel. De peur que ce soit une psychopathe ,je lui pose quelques questions d’usage (merci les téléfilms d’M6 de l’après-midi !). Je lui demande son âge, d’où elle vient, depuis combien de temps elle habite aux states etc. et finalement, j’accepte volontiers.

Sur le chemin (1h15) on apprend à faire connaissance. Elle me demande ce que je fais dans la vie, je lui réponds : écrivain, mais beaucoup de gens me connaissent sous le nom de Junes Davis. Son visage s’éclaire et elle me dit :
–Ah mais je savais bien que ton visage me disait quelque chose. Tu m’excuses ,j’ai un téléphone Cacher donc je n’ai pas accès aux réseaux sociaux (ambiance Shtizel !) mais ma cousine m’a envoyé par email l’une de tes chroniques. J’avais bien aimé et ce qui m’avait interpellé car tu disais qu’on pouvait t’écrire. D’ailleurs, j’avais dit à ma cousine de le faire car elle n’allait pas très bien.

Là, je suis choquée parce que je me remémorais ma décision de ce matin suite à ma déception. Je demandais à Dina le prénom de sa cousine et elle m’informait que ce n’était pas ma correspondante de deux mois. Je trouvais tout de même la situation méga cocasse. Lorsque je quittais Dina, je la remerciais chaleureusement et lui proposa de monter boire un truc (alors que ma maison c’était Tchernobyl ! J’assume. Je m’en fous. Personne ne me donnera une médaille si c’est nickel ou pas à la fin de la journée). Elle déclina mon offre, pour me dire qu’elle devait retourner sur Brooklyn car ,en vrai ,c’était juste pour me rendre service qu’elle était venue dans la grosse pomme. Tsadekette.com
 Alors ok ,j’avais passé une matinée pénible ,mais elle avait été nécessaire. Je devais passer par toutes ces étapes pour avoir ma réponse : Rien n’est jamais en vain. Même si parfois on a l’impression de donner de l’écoute, du temps, de l’énergie, EN VAIN , par un milliard de possibilité on vous le rendra au moment opportun.
Du coup, je continuerais à donner mon adresse email….

Hag Sameah ! Très bonne fête de pourim et je lance un jeu concours du meilleur déguisement ! Un sac Junes Davis à gagner ! mon adresse : junesdavis55@gmail.com

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Un commentaire sur “Quand tu perds presque ta tête…

  1. J’ai adoré cette chronique ! encore plus que d’habitude, sûrement pour la conclusion qui fait du bien au moral ou alors pour cette phrase sur la motivation du koala d’australie qui m’a fait marrer (non, je blague, c’est bien pour cette conclusion qui réchauffe le coeur 😉 )

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