Chroniques

Et si notre peuple entier était réuni dans une même classe, ça donnerait quoi ?

Tout a commencé quand je faisais mes courses dans un grand magasin connu des New Yorkais : Fairway. J’étais au rayon « viande cacher » en train prendre un morceau de jarret, lorsqu’un gars sorti de nulle part, d’apparence très religieuse, s’est mis à me hurler dessus. J’avais envie de lui demander : « Mais dis donc, messire, pour quelle raison saugrenue mettez-vous tant de fougue dans le choix de ma viande ? Me mêle-je de vos poulets, moi ? Je n’ai pas eu le temps de poser ma question car ce Seigneur en chapeau noir avançait l’argument que moi, qui me couvrait la tête, devrait me nourrir de viande supra Glatt cacher* et non juste Cacher. Cela devait être un jour où il avait mis sa cape de « Mitsva Man », je-vais-prendre-la-tête-à-la-première-relige-que-je-vois. Pour échapper à sa requête, je nous ai tous imaginés réunis dans une même classe, avec toutes les branches et les tendances qui composent notre si belle communauté légèrement déjantée sur les bords. D. serait le directeur de cette école, les Rabbins, les profs, et nous, les élèves. Croyez-moi sur l’honneur si je vous dis que le résultat est plutôt Rock’n’roll…

Comme dans toute les classes, il y aura les premiers de la classe ! Dans ce lot d’élèves, on y trouvera des sympas qui n’hésiteront pas à te souffler la bonne réponse si t’es en galère. Tels certains orthodoxes, des gens tellement extraordinaires par leur gentillesse et leur dévouement pour les autres, que cela te pousse à changer et à faire plein d’efforts, et… il y a les autres. Vous savez ceux qui vous toisent du regard, avec de grandes phrases comme : 

– Attends mais t’as pas fait ton devoir ? Mais tu vas te faire déchirer, ma pauvre ! C’est hors de question que tu copies sur moi. Tu n’avais qu’à réviser. 

Ils vont même jusqu’à faire du zèle en allant quémander au prof des devoirs et des contrôles en plus. Ce qui reviendrait dans la vraie vie à ça : 

– Attends, t’as pas mis de collants, Chantal ? Sérieux, c’est pas sérieux tout ça. Moi, non seulement je mets des collants 7 jours sur 7, mais je ne les enlève jamais. Tu devrais faire plus attention à ta tenue. (Et vlan dans les dents pour Chantal). 

Ensuite, il y a ceux qui sont tout au fond de la classe, mais qui mettent de l’ambiance ! Dès que le prof leur demande de faire un peu moins de bruit, tout de suite ils ripostent :

– Monsieur, c’est déjà sympa de ma part de venir tous les jours à l’école, alors n’allez pas commencer à me saouler avec vos maths et compagnie. Allez-y, je vous regarde. 

Eux seraient comparables à tous ceux qui sont supra éloignés de la pratique mais très attachés à leur identité : 

– Je suis juif et fais ce que je veux. Si je viens à la syna, c’est déjà top. Si j’ai un problème, je parle avec D. directement parce que tu vois, moi : D. m’a donné la foi, tout au fond de moi, j’ai dans le cœur cette force qui guide mes pas. Oui, c’est moi qui ai écrit les paroles de la chanson d’Ophélie W. Tu me crois pas, frérot ? Sur la tête de ma mère que j’ai son numéro. Viens on l’appelle, je te dis ! 

– Bensoussan, un peu de calme, s’il vous plait. Nous sommes en classe, tout de même. 

Tu as aussi ceux qui sont dans l’école mais ne veulent pas rentrer dans la classe pour x ou y raison. Ils préfèrent se promener dans les couloirs pour voir s’il n’y a pas un programme plus sympa proposé par d’autres gens, dans d’autres écoles qui n’ont parfois même pas de directeur…

Puis, il y a ceux qui sont entre les deux. Les galériens qui révisent juste avant les contrôles, qui essayent de rendre leurs devoirs à l’heure, en atteignant péniblement la moyenne. Ils n’hésitent pas à demander conseil aux profs ou aux premiers de la classe quand ils sont perdus. Cette catégorie « d’entre-deux », qui compose bien 50-60 % de notre peuple dont je fais partie. Oui. je m’auto inclus dans cette catégorie, parce que moi-même je galère sur bien des points avec cet exemple flagrant comme la Cacherout : 

– T’es sûr, Philipo, que la baguette de chez Éric Kayser est Cacher ? 

– Oui, c’est ok, quand le frère de ma cousine est venu y a trois ans à New York, il avait demandé à un Rav (lequel ? Mystère…) et il lui avait répondu que c’était bon. 

– Ah super ! Deux baguettes pas trop cuites s’il vous plait. 

Oui, on bien aime le pain français chez les Davis. 

Avec Chabbat aussi :

– Purée, je me vois pas du tout monter les 22 étages à pieds. Comment on va faire pour grimper jusqu’à chez eux. Ça se fait si on utilise une main magique (enfant moins de 13 ans… euh pardon, moins de 3 ans/ Doorman/ location de main Chabbatique en vente chez la Famille Adams) ? Genre ni vu, ni connu ! 

Et la Nidda, on en parle de la pureté familiale ? Oh my Gooood ! À combien de jour j’en suis, là ? Cinq, Six ? Mes aïeux, je sais plus. À chaque fois, je me dis que je dois tout noter sur mon calendrier et à chaque fois, je fais autre chose à la place. Ah ça y est, ça me revient, j’étais à deux jours quand j’avais fait de la varappe dans les chute du Niagara. C’est bon. Fiouff. 

C’est vrai qu’à certains moments, on se tourne vers les premiers de classe, alors avec un peu de chance, on tombe sur les sympas qui nous feront progresser sans nous juger. Le Mitsva-man qui était assis près des premiers de la classe se met à me crier dessus :

– C’est de moi que tu parles, Juju Davis dans ta chronique du jour ? Non parce que si tu me cherches des problèmes, tu vas en trouver ! 

– Mais non, je t’ai rien dit. Je ne parlais pas de toi, voyons ! Je disais en général. Oh lala, tu m’énerves. 

D’un coup, ma voisine s’est mise à riposter sec. Un assis au fond, aussi. Tout le monde s’en mêle. Il y a un boucan pas possible. On est tous en train de se disputer pour je ne sais quelle raison encore ! Ça hurle, ça crie ! Les profs n’arrivent plus à calmer la classe qui part en live. Pire que ça ! On fait tellement de bruit à s’insulter que cela alerte les autres classes, et même l’école juste à côté qui n’a pas une super réputation. Oh mon D. ! C’est pas vrai ! Un gars armé d’une kalashnikov arrive droit sur notre classe en hurlant qu’il ne supporte plus le bruit qu’on fait et nous menace de nous tirer dessus. Soudain, ce que je vois dépasse l’entendement : Les premiers de la classe, ceux du fond de la classe, ceux du milieu font un blocus humain, dans le seul but de nous protéger. On ne sait même plus qui est qui. On voit juste un groupe de gens se tenir fort la main, et sortir leur portable pour appeler le directeur afin qu’Il appelle la police. On presse les premiers de classe de passer cet appel car ils ont plus de wifi que les autres. Hélas, même eux n’arrivent pas à le joindre. Ceux du milieu essayent aussi de le contacter mais cela capte moins bien. La situation semble désespérée mais brusquement l’un « du fond » de la classe se jette sur celui qui a la Kalachnikov pour tous nous sauver. Oh my Lord ! Il est blessé ! Il EST BLESSÉ ! On se met tous à pleurer à chaudes larmes, à prier tous ensemble pour qu’il soit sauvé. Et là, un miracle se produit… En entendant le coup de feu, ceux qui trainaient dans le couloir ont accouru devant la classe. En un quart de seconde, ils ont compris ce qu’il se passait, n’ont pas hésité pas à lui sauter dessus et sont parvenus à le maitriser complètement. Ouf ! Tout est rentré dans l’ordre. Celui qui a été blessé est très vite évacué pour recevoir les soins qu’il lui faut. God Bless ! Tout va bien. 

Quelques heures plus tard, le directeur a transmis un message à l’un des profs : 

– Mes chers élèves, vous savez que cette classe est particulière à mes yeux. Ce qu’il s’est passé aujourd’hui nous prouve que vous vous aimez tous très fort, même si parfois vous êtes maladroits entre vous. Plus vous ferez du bruit, plus vous allez attirer l’attention sur vous. Je vous demande une chose : continuer de faire vos devoirs, et de réviser pour les examens. Vous avez été choisis pour ce cursus. Cependant, il y a une matière avec un coefficient élevé qui compte plus que les autres à mes yeux : celle de vous entraider et de vous aimer tout au long de l’année et pas seulement quelques mois avant la fin de l’année dans le seul but de passer de classe. Je compte sur vous pour donner le meilleur de vous-même.  Celui qui le souhaite peut venir me parler à mon bureau aux horaires indiqués : matin, midi et soir. Si l’envie vous prend de me parler en tête à tête, utilisez le téléphone rouge mis à disposition dans votre casier qui se nomme la Hidbodedoute/la méditation. Et n’oubliez pas, vous êtes filmés. 

– Ah oui, en gros, c’est big Brother le truc ! avait rétorqué une copine à moi que j’adore, qui était au fond de la classe. 

– C’est quoi Big Brother ? avait demandé une première de la classe qui est l’une de mes meilleures amies.  

– Laisse, tu connais pas, chérie. Si je t’explique, ça va t’embrouiller le cerveau, lui avais-je répondu.  

 

À Fairway : 

– Madame Davis ? Madame Davis ? Vous la prenez, cette viande, ou pas ? 
– Je sais pas, je vais peut-être appeler mon prof, euh… mon père. Je vais voir avec lui. 

Je vous embrasse fort. À très vite pour une nouvelle chronique. Pour me contacter c’est sur junesdavis55@gmail.com

Glatt cacher et non juste Cacher : mais c’est quoi la différence entre les deux ? On considère le « Glatt » de meilleur niveau de cacherout. L’appellation Glatt ou Halak (en hébreu) fait référence à l’état des poumons de l’animal. Au moment de l’abattage rituel, la bête abattue ne devra pas être atteinte d’une maladie mortelle. Nos Sages ont exigé de procéder à une vérification systématique des poumons de l’animal. Si la cicatrice se retire très facilement « comme un cheveu dans l’eau » selon l’expression de nos Sages, sans avoir besoin de déplacer vers le haut la paroi du poumon, la bête est Glatt Cacher. S’il y a eu une maladie des poumons antérieure durant la durée de vie de la bête et que cela s’est résorbé au moment de la Chehita, la bête est cacher. En gros, tout est une question de poumons. Le mieux, c’est de demander à votre boucher en qui vous avez toute confiance. Bisous. 

 

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